Trajet Aktaou – Almaty en train : récit complet de notre traversée du Kazakhstan

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Vous lisez un chapitre de notre voyage en famille, de l’Europe à l’Asie, en slow travel.
👉 Par ici pour commencer l’histoire depuis le début.

Un grand voyage en train

« Voyager sans rencontrer l’autre, ce n’est pas voyager, c’est se déplacer. » — Alexandra David-Néel

Cette citation résume bien la traversée du Kazakhstan en train.
Il y a à peine plus d’un siècle, la plupart des kazakhs étaient encore nomades.
Aujourd’hui, les trains longue distance (et longue durée) sont un peu l’héritage de cette histoire.

Au Kazakhstan, on ne prend pas le train juste pour aller d’un point à un autre.
Chacun profite du voyage pour discuter, se reposer, jouer aux échecs et surtout manger tous ensemble.
En quelques trajets à peine, entre Aktau et Almaty, on comprend vite que chaque wagon devient une petite maison roulante.
On y est accueilli à bras ouverts, et on finit par se sentir un peu comme chez soi.

Nous avions lu quelques articles qui relataient cela, et nous nous demandions si nous allions le vivre.

On n’a pas été déçus tant l’accueil de la population a été sincère, on vous raconte.

Mangystau (Aktaou) – Aral

Distance : 2050 km — Durée : environ 22 h 30

7h00 : on quitte notre appartement d’Aktaou pour reprendre un train. Lors de la remise des clés, le propriétaire nous offre du chocolat Kazakh et des bonbons pour le trajet.
La gare est à plus de 20 km du centre d’Aktaou, nous appelons donc un taxi sur InDrive (voir l’article précédent si vous ne savez pas ce qu’est InDrive).

Pour notre chauffeur, apparemment, être Français signifie écouter « Alizée ». On se comprend tellement mal que j’ai cru qu’on allait chercher une passagère prénommée Alizée… On va bien chercher quelqu’un, mais elle ne s’appelle pas Alizée !

Une fois arrivés à la gare, on découvre qu’il n’y a qu’un seul train qui part dans les prochaines heures : le nôtre (ouf). Au moins, impossible de se tromper.

8h30 : le contrôleur siffle le départ du train plusieurs minutes avant l’heure prévue. Les retardataires courent pour ne pas le rater, mais le train part pile à l’heure.

On voyage dans un compartiment de 4 personnes.

On voulait essayer la classe « Platskart », la moins chère, celle où il n’y a pas de cabine (sur la photo), mais toutes les places de cette catégorie étaient déjà réservées.

On se retrouve donc dans notre cabine, avec un couple de retraités déjà installés. Ils nous aident à ranger les sacs sous les banquettes. Palmyre a déjà faim.

La dame fait le signe de manger avec sa main.

Il ne lui faut pas plus de 30 secondes pour transformer, sous nos yeux ébahis, la petite table du compartiment en véritable table de restaurant pour cinq personnes (voir plus !) : de grandes feuilles de journal en guise de nappe, sur lesquelles sont déposés poulet, œufs durs, concombres, pommes, pains fourrés à la viande, saucisses, wraps au saumon cru, petits gâteaux maison…

Ils nous mettent littéralement à table, puis se retirent dans le couloir pour regarder le paysage et nous laisser manger tranquillement leur repas. Quelques minutes plus tard, ils reviennent même pour nous apporter de l’eau et des tasses.

On savait que les Kazakhs partageaient souvent leur nourriture dans les trains, mais on n’aurait jamais pu imaginer un scénario pareil. En tout cas, c’est radical pour briser la glace et faire connaissance.

Ils ne parlent pas un mot d’anglais, mais malgré la barrière de la langue, on arrive à échanger en utilisant le traducteur de nos téléphones respectifs (il en faut au moins deux, car on a chacun un alphabet différent).
Le monsieur a 70 ans, et d’après sa femme, c’est un très bon grand-père (ce qu’on veut bien croire vu sa bienveillance envers Palmyre). Ils sont tous deux médecins à la retraite, mais travaillent encore 40 heures par semaine.

On rigole, car Monsieur est scorpion et sa femme vierge, comme nous. Rien d’étonnant pour Madame : d’après elle, les hommes scorpions ne s’entendent qu’avec les femmes vierges !

Ils nous expliquent également que les Kazakhs sont de gros mangeurs de viande : trois fois par jour (loup, chameau et antilope saïga). Beaucoup de familles tuent un cheval pour l’hiver.

En cours de trajet, le contrôleur passe, mais nous n’avons rien à lui dire : nos compagnons de route se chargent de lui indiquer notre destination à notre place — Aralsk.

Dans le train, il y a de l’eau chaude à volonté grâce à une machine dans chaque wagon. Du coup, les voyageurs se baladent en permanence dans le couloir avec leur samovar et/ou leur tasse.

Je trouve que c’est un peu dangereux, surtout avec les enfants qui traversent et jouent dans le couloir, mais tous les passagers sont clairement des habitués des trains longue distance : non seulement ils ont tous amené leurs propres mugs, mais aussi leurs pyjamas, et beaucoup n’hésitent pas à circuler ainsi toute la journée, donnant au wagon un air très sympathique de pyjama party.

Pendant les trois premières heures du voyage, le train s’enfonce dans la région du Mangystau, un désert qui comporte des canyons, des roches blanches et des plateaux.

Les reliefs sont impressionnants et les couleurs virent du blanc au rouge vif.


Puis plus rien : c’est le néant, le désert. On aperçoit parfois une route au loin ou une ligne électrique qui longe notre voie. Le réseau téléphonique se coupe rapidement et c’est le grand vide pendant des heures et des centaines de kilomètres.

On se croirait sur la mer.

9h53 : premier arrêt de 20 min. On le sait à l’avance grâce à nos compagnons — bien pratique pour aller acheter du ravitaillement à la gare. Palmyre mange encore : elle est fan des saucisses.

10h30 : le contrôleur balaie et lave à grande eau le sol du couloir et de chaque cabine. Évidemment, tout le monde a déjà quitté ses chaussures pour mettre ses pantoufles, alors on lève les pieds bien haut. C’est la norme dans les trains longue distance pour ne pas salir. On avait déjà capté ce détail : à défaut d’avoir nos pyjamas, on a quand même nos claquettes, et Palmyre ses Crocs.

À chaque arrêt, ça recommence : au moins, c’est toujours propre.

11h00 : le train klaxonne longuement et freine.

On est presque à l’arrêt… Mais non : rien à signaler, simplement des chameaux sur les rails !

16h00 : le train fait une vraie pause dans une petite gare. Au moment de repartir, nos colocataires nous préparent un vrai goûter, digne d’un dîner.

On est encore chouchoutés : Madame nettoie notre tasse quand elle est sale, Monsieur ramasse les morceaux de nourriture que Palmyre fait tomber, ils nous donnent des serviettes avant même qu’on en ait besoin. Et bien sûr, thé à volonté pendant toute la durée du trajet. Le temps d’un voyage, on se sent comme avec des proches retrouvés.

19h00 : Palmyre se coince fortement le pouce dans la porte des toilettes. Elle revient en pleurant à chaudes larmes dans la cabine. Notre colocataire médecin s’empresse de la soigner, il a tout ce qu’il faut dans son sac. Epuisée par ses émotions, Palmyre s’endors très vite et ne verra même pas le beau billet qu’ils lui offrent pour son anniversaire. On leur promet d’utiliser l’argent pour lui acheter une poupée.

21h00 : après une journée, ou presque, à manger et discuter, c’est l’heure d’éteindre et d’aller dormir. Normalement, nous avions réservé les deux couchettes du haut. Mais nos colocataires ne veulent pas que Palmyre dorme en haut et ont la gentillesse de nous laisser une couchette du bas. Je dormirai donc avec Palmyre en bas, et c’est Monsieur qui ira en haut. Encore merci à lui.

4h50 : nos colocataires nous réveillent pour nous dire au revoir, car leur arrêt est juste avant le nôtre, prévu à 6h. Ça pique un peu, mais on est contents de les saluer une dernière fois.
Malgré l’heure matinale, Palmyre a déjà faim. Elle termine un plat de carottes maison qui lui restait de la veille, vu qu’elle a préféré dévorer les assiettes de nos voisins. Erreur : elle vomira quelques heures plus tard. Avec la chaleur suffocante de la cabine, le plat avait sûrement tourné pendant la nuit.

5h00 : le contrôleur débarque dans notre cabine et me montre qu’il a programmé son réveil à 5h57.

Sans plus d’explications, il s’installe sur la couchette supérieure et s’endort instantanément en ronflant. Il est très consciencieux : au moins, on n’a pas raté notre arrêt à Aral.

Voir nos articles sur Aralsk et les environs :

Aralsk : récit d’un voyage dans une ville meurtrie —) voir l’article ici

Mer d’Aral : désert, falaises, vieux bateaux et source chaude d’Akespe —) voir l’article ici

TRAIN ARAL – TURKESTAN

Distance : 740 km — Durée : 12 heures

Après quatre jours à Aral, nous poursuivons notre route vers la ville de Turkestan.
On traverse de nouveau le grand désert

Cette fois-ci, nous prenons un train de jour.

Nous avons encore une cabine de quatre, mais les personnes font des trajets plus courts que le nôtre et nos colocataires de cabine se succèdent.

Ce trajet nous permettra de constater qu’une grande partie des Kazakhs aime voyager allongée et non assise. Du coup, même de jour, les banquettes de la plupart des cabines restent couchées en mode « lit ».
Ce qui explique pourquoi, même sur les trajets en journée, toutes les couchettes du bas sont réservées en priorité.

Nous, comme on réserve toujours la veille pour le lendemain, on a toujours les couchettes du haut, et en journée avec un enfant, c’est quand même nettement moins pratique.

Heureusement, même en haut, il y a assez de hauteur pour se mettre assis.

Les wagons sont plus modernes que lors du premier trajet. Ici, le contrôleur ne peut pas laver le sol : c’est de la moquette !

Mais on entendra un aspirateur régulièrement — les bonnes habitudes ne se perdent pas.

Depuis qu’on voyage en train au Kazakhstan, les gares nous semblent toutes plus ou moins abandonnées, ou alors carrément issues d’une époque que nous pensions révolue (y compris celle d’Aktau–Mangystau), nous offrant, en prime, un voyage dans le temps.

Il n’y a pas vraiment de quai et il faut être en forme pour arriver à monter ou descendre du train, tant la première marche est souvent très haute.

Il y a peu d’aménagements et les toilettes peuvent être très rudimentaires (parfois une simple cabane avec un trou dans le sol, comme celle d’Aral sur la photo).

Il nous aura fallu faire plus de 1 600 km et 30 heures de train pour apercevoir une gare et un quai qui ne semblent pas dater de l’ère soviétique : la gare de Kyzylorda, très moderne, avec même des pavés au sol. Ouf, nous sommes bien en 2025 (j’ai même pas pris de photo) !

Nous terminerons les trois dernières heures de notre trajet seuls dans notre cabine, pas mécontents de pouvoir enfin nous asseoir normalement sur les banquettes du bas.

Comme d’habitude, on arrive pile à l’heure dans la ville de Turkestan.

voir notre article : Turkestan au Kazakhstan : Une ville spirituelle entre bazar et mausolée

MARSHRUTKA TURKESTAN – SHIMKENT

Distance : 167 km — Durée : 2 h 30

Pour un trajet si court, on choisit de prendre le minibus. C’est un peu moins cher que le train, plus flexible au niveau des horaires et même un peu plus rapide.

Après avoir pris un dernier petit déjeuner à notre Guesthouse, nous prenons un taxi pour nous conduire à la gare de bus (repérée en se baladant en ville la veille).

Le fonctionnement est archi-simple : les minibus attendent leur tour à la file indienne ; dès que le premier de la file est plein, il part pour laisser la place à celui de derrière. Du coup, il y a toujours un minibus prêt à partir. Et contrairement à nos craintes initiales, ils se remplissent hyper vite.

Arrivés à la gare de bus, les chauffeurs nous font comprendre unanimement que nous devrons payer un billet supplémentaire, pas pour Palmyre, mais pour nos deux sacs de rando.

En effet, ici, les minibus n’ont pas vraiment de coffre ni même de galerie, et les gens voyagent le plus souvent légers. Si les sacs sont trop encombrants, comme les nôtres, ils prennent une place dans le bus.
Ça va, on va pouvoir l’absorber : on parle de moins de 2,50 euros la place …

Du coup, on a les trois places du fond. En moins de dix minutes, le minibus est complet et on file vers la ville de Shimkent, notre prochaine destination.

Le chauffeur a plutôt l’air pressé — on a l’impression qu’il est pied au plancher tout le trajet.

L’état de la route, une deux fois deux voies, est plutôt moyen, et les bords de route sont assez chargés : des animaux broutent sur les bas-côtés, des passagers patientent en bordure car leur bus est en panne, et on double régulièrement des tracteurs.
En plus de tout ça, les piétons et cavaliers traversent régulièrement car il n’y a aucun pont pour traverser cette grande route.

Bref, vous l’aurez compris, on n’a pas été très sereins pendant ce trajet.
Heureusement, on arrivera à Shimkent sans encombre.

voir notre article : Voyage au sud du Kazakhstan, Shimkent entre ville et grands espaces.

TRAIN SHIMKENT – ALMATY

Distance : environ 700 km — Durée : environ 14 h

Vu la distance qui nous sépare encore d’Almaty, on préfère reprendre un train de nuit. En plus, comme beaucoup de voyageurs le disent, ça fait économiser le prix d’un hébergement pour une nuit. Cerise sur le gâteau, on y fait souvent de belles rencontres.

21h00 : le train arrive 30 minutes avant son départ, ce qui laisse le temps de monter tranquillement. Mais vu la météo automnale, on n’a pas envie de s’attarder.

Je montre mon billet au contrôleur qui porte un beau képi — j’ai cru que c’était un militaire ! Il me fait signe de monter sans même prêter attention à moi.

On découvre notre wagon et nos couchettes : ce n’est pas tout jeune. Les banquettes ont fait leur temps, alors ils ont rajouté des surmatelas sur chacune d’elles. Pas le choix, il faudra faire avec.

Nos colocataires arrivent, on s’organise pour ranger les affaires de tout le monde. Comme d’habitude on a les deux banquettes du haut, mais comme on ne va que y dormir, ce n’est pas très grave.

Le train démarre et le contrôleur passe avec la liste des passagers — le même qui n’a pas voulu regarder mon billet. Il n’a pas l’air hyper sympa.

A ses questions, on lui indique qu’on ne parle ni russe ni kazakh, mais on dirait qu’il ne veut pas comprendre. Ce qui le dérange, c’est Palmyre, de ce qu’on comprend. Est-ce qu’on est bien ses parents ? On devra lui montrer nos passeports pour qu’il vérifie que nos identités correspondent bien à celles indiquées sur nos billets.

Il reviendra, une heure après, pour nous donner ce qui ressemble à un ticket en format papier (nous montrons toujours nos billets numérisés sur notre téléphone, et jusque-là, ça n’avait jamais posé problème). Et non, on ne parle toujours pas russe ni kazakh ! Ce gars est vraiment désagréable — finalement, heureusement qu’on ne le comprend pas.

Côté cabine, on loge, encore une fois, avec un papi et une mamie vraiment sympas. Pour une fois, Monsieur a quelques notions d’anglais, alors on échange quelques mots avant de se coucher.

Il s’appelle Nasibjon ancien journaliste de Liberty radio. Sa femme, Mavdjuda est une ancienne professeure de persan et d’allemand. Ils reviennent d’un anniversaire de famille au Tadjikistan. Ils voyagent en train, un séjour de dix jours en passant par l’Ouzbékistan.

Le rapport aux distances et au temps est réellement différent de chez nous, en Europe ou en France.
Au Kazakhstan, il n’y a pas de TGV : le voyage est lent, et les grandes distances à parcourir ne sont pas problématiques pour la population. C’est justement l’occasion de partager de bons moments avec ses voisins, ils ont ça dans le sang.

Palmyre est complètement décalée : 23h00, toujours pas fatiguée, elle se met à faire des exercices sur un petit cahier effaçable. Mais que de progrès en quelques jours, et elle adore écrire !

La nuit passe vite et, avec Palmyre, on n’a pas trop mal dormi dans ce vieux train, mise à part la fenêtre qui ne ferme plus correctement et s’ouvre plusieurs fois en pleine nuit.

Dehors les premiers flocons tombent, le froid s’installe sur la région.

Pour Sophie, qui dort pourtant toute seule, ce n’est pas la même histoire.
Peut-être parce que c’est elle qui se lève pour fermer la fenêtre à chaque fois.

8h30 : tout le monde émerge lentement, c’est l’heure du petit-déjeuner. On revit la même scène que dans le train Aktau-Aral, mais cette fois-ci pour le petit déjeuner. On s’assoit tous ensemble et ils nous servent : pommes, poires, tartines de miel, …
On apporte quand même notre contribution puisque nous avions cuisiné des crêpes la veille dans notre appartement de Chimkent.

Le miel servit par nos colocataires provient directement du Tadjikistan, produit par l’un des membres de leur famille. A la fin du trajet, ils nous donneront toute la bouteille.

Une fois arrivés en gare d’Almaty, Monsieur se démène pour nous donner les instructions pour aller à Talgar. Sa fille nous emmène jusqu’au bus et paie même nos tickets.

Une passagère du bus va également jusqu’à Talgar, il nous suffira de la suivre. Ce qu’on fait bêtement.
Il y a un changement de bus, en cours de route et la passagère que nous suivons nous paiera, elle aussi, nos deux tickets de bus.

On pensait galérer pour rejoindre Talgar en bus et devoir prendre un taxi (Almaty étant quand même la plus grande ville du pays), ce sera finalement un jeu d’enfant.

Prendre le train dans un pays si grand, si accueillant et à la fois si peu touristique que le Kazakhstan restera dans nos mémoires pour longtemps. Ce voyage nous a permis de découvrir l’immensité de ses paysages et la gentillesse de ses habitants, loin de la foule.

Cap maintenant sur la région d’Almaty, pour combien de jours ?

Nous ne le savons pas encore, comme d’habitude.

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1 Commentaire
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Mauricette !
Mauricette !
9 mois il y a

Très bons commentaires, vous êtes sur la bonne voie, continuez vos efforts !

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